«Il est temps pour l’Europe de se rappeler de sa propre culture»

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Libre-échange au sein de l’AELE ou mondialisation «made in USA»

L’existence réelle du mondialisme a mené l’Europe et une large partie du monde dans une crise profonde: les lieux de guerre au Proche-Orient et en Ukraine sont le terreau d’une guerre mondiale. Est-ce à nouveau contre la Russie? Et la répartition inégale des biens matériels couve avec gravité une bombe sociale.

Le fossé entre pays riches et pays pauvres s’élargit constamment. C’est ainsi que, par exemple, une partie de la population des anciens pays de l’Est gagnent moins avec leur travail à plein temps que des bénéficiaires de l’aide sociale sans emploi dans certains pays riches. Mais les différences de revenus sont révoltantes aussi bien à l’intérieur des pays riches que des pays pauvres. Outre une richesse et un luxe d’une ampleur jamais atteinte, on retrouve des deux côtés la pauvreté, ou même la pauvreté extrême. Dans l’espace euro, selon Eurostat, le chômage a atteint 10,7% en octobre 2015, c›est-à-dire que 22,5 millions de personnes étaient sans emploi, sans compter les personnes en fin de droit. Dans certains pays, comme la Grèce, l’Espagne et la Croatie, le chômage des jeunes atteint 40%, voire plus. A cela, il faut ajouter la venue de plus d’un million de jeunes gens, entrés sans contrôle en Europe, qui n’ont guère d’espoir de s’intégrer dans le marché de l’emploi. Ils restent dépendants de l’aide sociale pendant des années, voire leur vie entière, et sont une menace pour les systèmes de protection sociale même dans les pays riches.

«Des paysages fleuris»?

Après l’effondrement du socialisme réel au début des années 1990, l’Occident ne s’embarrassa pas de scrupules et poussa les pays de l’ancien bloc de l’Est à ouvrir leurs marchés pour le bien du monde de la finance internationale et à abandonner la protection de leur propre économie.

L’ouverture de la RDA fut pour ainsi dire une sorte de projet pilote. L’Occident réussit à gagner en peu de temps ce marché de 16 millions de consommateurs et d’éliminer l’économie locale et régionale avec son industrie. En un rien de temps, les produits de l’Allemagne de l’Est furent remplacés par ceux de l’Ouest dans les rayons des supermarchés. Les performances de vie des populations, ayant survécus dans une économie de disette et ayant néanmoins pu assurer leur vie, de même que leur savoir et leurs capacités, leurs écoles et ateliers performants furent ignorés par un Occident arrogant. On ne se donna pas la peine de poser des questions.

Il en fut de même pour les autres pays ayant adhéré plus tard à l’Union européenne. Pour pouvoir participer au marché commun, ils durent abandonner en grande partie leur souveraineté politique et économique. Ils devinrent une espèce de comptoir de la haute finance occidentale, qui y fit produire à moindre frais ses produits de valeur en ramassant toute la valeur ajoutée. Vingt-cinq années de mondialisation selon les recettes de marché libre n’ont pas amené les paysages fleuris qu’on avait promis aux habitants!

«Liberté néolibérale»

La domination sans partage de l’idéologie néolibérale ne s’est pas contentée d’imprégner l’économie et de chasser toute pensée à caractère social et éthique, mais s’est incrustée dans la vie privée et sociale des populations et a imposé la marque néolibérale dans une série de domaines de la vie.

Ce fut le cas tout particulièrement dans les domaines de l’éducation et de la formation. Selon la doctrine néolibérale, les enfants doivent s’émanciper des influences dérangeantes de leurs parents. «Education» devint une notion à rejeter et on recommanda aux parents de se focaliser entièrement sur les besoins de leurs enfants.

Il en alla de même dans les écoles. Les enseignants furent priés de s’en tenir à la seule instruction, de s’abstenir de penser à leur rôle éducatif: c’est à l’enfant de tout découvrir par lui-même. De plus, on élimina des plans d’études tout ce qui pouvait se rapporter au pays natal et à son histoire. Une économie mondialisée a besoin d’individus sans racines, qu’on peut placer n’importe où, et son idéologie vise à détruire les valeurs et les institutions qui se sont développées au cours du temps.

C’est ainsi que la famille traditionnelle composée d’un père et d’une mère devint dans certains esprits une communauté étroite et restrictive devant être délivrée grâce à une théorie du genre parfaitement fantaisiste. Selon celle-ci, chaque enfant, quel que soit son sexe, doit pouvoir choisir librement s’il veut vivre comme garçon ou comme fille.

En outre, l’être humain doit également pouvoir choisir le moment de la fin de sa vie…
La mise en application de la conception économique néolibérale inclut la transformation de toutes les valeurs. C’est ainsi que, par exemple, la notion de tolérance est utilisée pour détruire les valeurs importantes du vivre-ensemble et pour en inverser sa première signification, c’est-à-dire l’indulgence en son contraire. Les nouveaux dictateurs de conscience exigent, avec une intolérance difficile à combattre, que leurs avis soient non seulement tolérés, mais aussi repris sans discussion.

Mondialisation à la sauce américaine

La mondialisation du marché dominée pas les Etats-Unis a discrédité dans de nombreuses parties de la terre les idéaux précieux, telles la démocratie et la liberté. Les organisations supranationales comme le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE, l’OTAN et aussi l’UE se trouvent toutes sous le contrôle des Etats-Unis.

Le réputé Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller en sécurité du président Carter, et toujours actif dans l’administration Obama, exprime très ouvertement dans son livre «Le grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde» la domination américaine dans ces institutions internationales. Il écrit: «Au sein de l’Alliance atlantique, et plus particulièrement dans le cadre institutionnel de l’OTAN, les Etats-Unis collaborent avec les pays les plus dynamiques et les plus influents d’Europe. Ils participent ainsi avec eux aux décisions relevant des affaires intérieures de la région. […] Même dans le territoire de l’ex-bloc soviétique, un certain nombre d’Etats sont parties prenantes d’accords, sous l’égide américaine, visant à renforcer la coopération avec l’OTAN. Parmi ceux-ci, le plus important est le Partenariat pour la paix.

Enfin, on ne doit pas oublier que le système américain se déploie encore à un autre niveau, constitué par un réseau mondial d’organismes spécialisés, en particulier les institutions financières «internationales». Le FMI et la Banque mondiale servent par définition des intérêts «globaux» et leur sphère d’intervention s’étend à la planète. En réalité, l’Amérique y joue un rôle prépondérant, et elle a été à l’origine de leur création, à l’occasion de la conférence de Bretton Woods en 1944. (Extrait du chapitre «Une hégémonie d’un type nouveau» dans lequel Brzezinski présente «Le système global de l’Amérique». p. 53/54)
Brzezinski accorde une place particulière à l’importance géostratégique de l’Ukraine. Il s’exprime ainsi:

«L’indépendance de l’Ukraine, modifie la nature même de l’Etat russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l’échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie.» (p.74)

Et c’est très exactement l’objectif stratégique déclaré des Etats-Unis. Pour l’atteindre, l’Amérique est disposée à accepter «le rôle dominant de l’Allemagne en Europe, […] tant qu’elle sera soumise à la domination des Etats-Unis». (p.120). Vingt ans après sa première publication, ce livre de Brzezinski a tout d’un scénario pour les diverses guerres déjà menées par les Etats-Unis et pour celles en préparation.

Le fait que l’UE est un projet américain semble être déjà assez connu dans l’opinion publique. Pour Brzezinski l’Europe est «la tête de pont géopolitique fondamentale de l’Amérique» et «si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des Etats-Unis». (p. 88)

Dans son petit opuscule facile à lire, intitulé «Amener l’orchestre européen à faire résonner sa musique», Werner Wüthrich montre à quel point les Etats-Unis avaient, dans les années 1960, contribué activement à empêcher le regroupement des six Etats de l’EEE d’alors avec les sept Etats membres de l’AELE en déposant leur veto quant à une zone de libre-échange européenne. Les Etats-Unis envoyèrent dans ce but leur sous-secrétaire d’Etat Georg Ball à Berne pour un entretien avec le président de la Confédération Traugott Wahlen et le conseiller fédéral Hans Schaffner, ce dernier étant considéré comme le père de l’AELE, afin de négocier la question de l’AELE. Ball laissa entendre que les Etats-Unis n’accepteraient pas une zone de libre-échange pour toute l’Europe occidentale – sans orientation politique. Le président de la Confédération Traugott Wahlen commenta cette visite de Washington de la manière suivante: «Les Etats-Unis soutiennent les objectifs de l’EEE et visent la création des Etats-Unis d’Europe. Quiconque s’oppose à cet objectif ne peut espérer une sympathie quelconque de la part des Etats-Unis.» (cf. Archives fédérales, http://www.dodis.ch/30116, cité selon Werner Wüthrich, p. 34s.)

L’AELE pourrait être une voie pour sortir de la crise

L’Amérique n’est plus la seule grande puissance au monde. Le fameux «way of life» américain a perdu de sa superbe. Dans les pays de l’UE, une résistance se fait jour. Les peuples veulent se soustraire de la tutelle de l’UE, ce préfet des Etats-Unis sur le «continent eurasiatique», car ce n’est pas dans leur intérêt d’être la tête de pont de la politique belliciste américaine vers l’Est. Les populations ne veulent pas de guerre.

On ne manque pas d’analyses concernant la dangerosité de la situation actuelle et les nouvelles révélations apparaissant constamment occultent le problème plutôt que de faciliter les explications. Il est temps pour l’Europe de se rappeler de sa propre culture. L’Europe peut porter son regard sur une longue tradition dans les domaines de l’éducation et de la formation, de l’économie, de la démocratie, de la psychologie ainsi que de l’art et de la philosophie. Il est temps de redonner vie à ce faisceau d’idées, avant que cette EU en dislocation ne sombre dans le chaos, pour réapparaître avec de nouvelles structures dictatoriales orientées contre les intérêts des êtres humains.

Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue. Les structures de l’AELE pourraient servir de cadre pour une coopération indépendante des pays européens. L’AELE respecte la souveraineté des Etats, au contraire de l’UE. Ses membres ne coopèrent et négocient leurs accords que dans les domaines qu’ils ont eux-mêmes choisi. L’Europe n’a décidément pas besoin de tutelle américaine et encore moins d’une guerre!

Source: http://arretsurinfo.ch/il-est-temps-pour-leurope-de-se-rappeler-de-sa-propre-culture/

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